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06/08/2007

Le transsibérien n’est pas un train

Je viens de réaliser un vieux rêve: prendre le Transsibérien de Moscou à Vladivostock puis prendre le bateau pour le Japon.
Le voyge a été super et dans le train j'ai écrit vces quelques lignes...

Le transsibérien n’est pas un train. Il ne permet pas de franchir des distances. Il permet de s’évader et de profiter d’un espace temps, inconnu jusqu’à présent.

Le transsibérien n’est pas un train. Il est prétexte à voyager en soi. S’il permet d’observer des paysages monotones, des vieilles isbas brinquebalantes, des enclos qui ne protègent pas grand-chose, des silhouettes étranges et silencieuses, en revanche le véritable voyage est intérieur.

Le transsibérien n’est pas un train. La destination et l’itinéraire importent peu. Seul le départ compte. Seul le voyage représente le tout.

Le transsibérien n’est pas un train. C’est une invitation à la méditation, à la réflexion sur le temps qui passe. Les heures s’écoulent et les journées aussi, ponctuées par les cérémonies de l’arrêt en gare, de la découverte des préparations culinaires, de la négociation où le rouble devient la langue universelle. Les cérémonies de la nuit, de la toilette, du thé grâce au samovar toujours rempli d’eau bouillante sont autant de pauses aux heures qui défilent.

Le transsibérien n’est pas un train. C’est un havre de paix où règnent la langueur, l’indolence, la paresse… Pourrai-je finir de lire l’ouvrage que j’ai emporté ? Je ne le sais, mais ce que je sais, c’est que la lecture me prive de la sensation du temps qui s’écoule, c’est une activité qui m’empêche de jouir de l’instant présent. Ne rien faire est la plus belle des activités et rien ne doit l’interrompre.

Le transsibérien n’est pas un train. C’est l’arche de Noé couplé à la Tour de Babel, c’est un joyeux mélange de nationalités et de langues différentes, de sourires complices, d’attentions prévenantes, de regards gourmands, d’une volonté retenue de communication. C’est le partage du temps, de l’instant vécu de la même situation où le spectateur devient acteur.

Le transsibérien n’est pas un train. C’est un immense restaurant où l’ensemble des participants ripaillent, grignotent, goûtent, comparent, échangent, boivent, trinquent à l’amitié, à la fraternité universelle, où le thé coule à flot beaucoup plus que la vodka.

Le transsibérien n’est pas un train. C’est un immense dortoir où règne une léthargie bienfaisante. C’est une halte dans le vacarme assourdissant de la vie professionnelle où le tumulte des passions l’emporte sur le repos réparateur avec pour seule ritournelle la rencontre mélodieuse du rail avec les roues : les grincements monotones du train bercent mon corps d’une langueur monotone…

Le transsibérien n’est pas un train. C’est une fabuleuse expérience de vie, vie collective et paradoxalement vie individuelle, vie où la solitude se décline en groupe, vie où le recueillement est multiplié par un nombre impressionnant de participants.

Le transsibérien n’est pas un train. C’est le lieu de rencontre de notre conception de la vie. Le positif appréciera ce qui est de meilleur dans cette nouvelle situation et le négatif trouvera peu d’intérêt à cette situation incongru et manquant singulièrement de confort.

Les grincements monotones du train bercent mon corps d’une langueur monotone…